Le blog des équiciens

Le blog des équiciens

Témoignages


Rando équicie 2018

 

rando equicie.jpg

 

 

Chaque année depuis 6 ans, Equit’Aide organise une « Rando Equicie » pendant les vacances d’été.

 

Cette Randonnée ouverte aux enfants, adolescents et adultes en situation de handicap accueille des personnes qui ont des capacités d’autonomie minimum et assez d’équilibre pour être à cheval en terrain varié.

 

Cette année, Théophile, Lenny, Charlie, Elise et Pauline sont partis pendant 4 jours de la ferme avec leurs chevaux pour se rendre à Soléole, un gîte tenu par Alban, autonome en énergie situé à Landremont, en plein milieu de la nature sur une petite colline boisée. Ils étaient accompagnés de Lise et Valérie, stagiaires équiciennes, et des équiciennes Julianne, Elodie, Astrid et Cécile.

 

Prendre soin des chevaux, leur apporter à boire, à manger, vivre tous ensemble dans le gîte, partager des temps de vie en dehors de chez eux, participer aux activités de la vie quotidienne, et partir en balade à cheval chaque jour…voici ce que nous leur proposons depuis quelques années. Nous avons recueilli leurs impressions, sensations, histoires chaque jour. Nous vous proposons leurs témoignages de ces quelques jours de randonnées.

 

Jour 1 :

Charlie :

« J’ai monté sur Querelle, ma préférée d’amour. Elle a mangé, on a marché, sur les cailloux et puis après je me suis reposé sur Querelle. J’aime pas les mouches. On a été au Soléole. C’est super ! »

 

Lenny :

« Aujourd’hui, on a marché dans l’herbe, moi et Tanaïs. On est venu à Soléole. On a passé par des routes, pour venir à Soléole. Quand on est arrivé sur place on a déséquipé le cheval, on a enlevé le tapis, la selle, la sangle, le side-pool. On leur a mis les licols pour les emmener au parc, et on les a mis dans le parc jusqu’à demain matin. Il faisait très chaud. C’était très bien ! »

 

Elise :

« Je fais la rando parce que c’est bien. On est dans la nature. On dort dans les gîtes. Je monte Krapi. Il aime faire la rando sauf qu’il mange de l’herbe tous les 5min ! Je suis bien avec mes amis »

 

Pauline :

« C’est la troisième fois que je fais la rando. J’ai changé de cheval, je m’occupe de Cayambe, la fille de Light. Elle est plus grande. Je fais la rando parce que j’adore les chevaux et que je suis avec mes amis ! »

 

Théophile :

« C’est la troisième fois que je viens ici. J’ai connu Charlie ici deux fois. J’ai plein de souvenirs ici. C’est mes potes. Oscar plie les jambes à cause des gros taons ! Il aime pas ça. C’est mon endroit préféré. Je m’amuse un peu ici. Je connais Alban. J’adore les mots casés »

 

Jour 2 :

Théophile :

« Génial, quand on était sur Oscar allongé à cause des branches. On ait un bon goûter. Archéologie aussi. Moi je suis fan de musique »

 

Charlie :

« C’était super, j’ai eu peur dans les branches, Lenny arrête pas de m’embêter. C’était super cool. Querelle avançait très vite »

 

Lenny :

« Mon frère m’embête à mort ! Sinon, c’était bien on a traversé des obstacles. On s’est pris des mini branchettes. Puis ensuite on a traversé des cailloux, on a fait des descentes et on a pique-niqué. C’était trop bien. »

 

Pauline :

« La journée était super : faire des câlins (au cheval) pour éviter les branches »

 

Elise :

« On a fait une balade, je suis montée sur Krapi. On a pique-niqué. J’ai le droit de dire qu’on a dû baisser la tête à cause des branches ? »

 

Jour 3 :

Théophile :

« On a fait une balade à Sainte Geneviève. J’ai trop chaud. On a vu une fontaine »

 

Charlie :

« C’était super. Tanaïs a galopé. J’étais sur Querelle. On a vu une bosse. On a pique-niqué».

 

Elise :

« J’étais sur Krapi. Il a mangé de l’herbe, il s’est fait disputer. On a pique-niqué. On est reparti dans le village. On a goûté devant les chevaux. »

 

Pauline et Lenny étant fatigués, ils ont passé la journée à Soléole :

 

Pauline :

« Je me suis reposée toute la journée »

 

Lenny :

« On a fait des jeux de cartes. J’étais fatigué pour faire la promenade. J’ai tenu compagnie à Pauline ».

 

En tant qu’accompagnatrices stagiaires équiciennes, cette expérience a été très riche en émotions, en partages et en vécus. Cette semaine nous a également permis d’enrichir notre engagement dans notre futur métier.

 

Partir en randonnée, que l’on soit en situation de handicap ou non est l’occasion de se découvrir : dépasser ses peurs, surpasser ses capacités, se découvrir de nouvelles compétences, rencontrer des gens différents de soi mais qui peuvent nous compléter…

 

C’est aussi l’occasion pour nous équiciennes ou éducatrices, de partager des moments de vie quotidienne qui vont nous apporter beaucoup dans la vision que nous avons du public que nous accompagnons chaque jours pour une heure ou deux… La vie est différente, elle se déroule au rythme des personnes et des chevaux, on revient au pas du cheval !

 


01/10/2018


Quand le « rien » devient un tout…

Article proposé par Marjorie Vaissière, équicienne aux Crins des Liens et reponsable de l'élevage de Cournet (40).

 

marj.png

 

Arriver près des parcs quand le soleil essaie de percer l’épaisse brume matinale et voir se dessiner dans ce magnifique tableau les silhouettes de nos compagnons équins. Rester là silencieux, à les observer…immobiles, au repos…

Avancer de quelques pas : les oreilles s’agitent, les encolures se lèvent, l’âne braie, un des chevaux fait un appel. Je lance un « bonjour », rien de plus, les encolures se rebaissent, le calme revient….je passe mon chemin laissant aux rayons de soleil le rôle de réveiller la nature. Plus tard, je reviendrai après avoir fait ainsi le tour de tous les parcs.

 

Je travaille chaque jour dans l’optique d’avoir une relation positive avec mes chevaux, qu’ils aient envie de partager des moments avec nous, de se « prendre aux jeux » farfelus des humains. Mais cela n’est pas toujours chose facile. Bien sûr, nous essayons de leur apporter une vie la plus proche de la nature possible (vie de groupe, dehors, alimentation herbe/foin, espace…) et travaillons via le renforcement positif pour développer leur curiosité et l’attrait pour nos « exercices » ; mais cela ne fait pas tout…

 

Je pense sincèrement que la plupart de nos chevaux sont heureux de nous voir : ils viennent à notre rencontre, nous suivent sans avoir besoin de longe ou de licol (même si nous n’avons pas de nourriture)….voire même se « bloquent » au moment de la rentrée dans la parc, restent avec nous quand nous les lâchons et repartent tranquillement vers leurs congénères quand nous leur disons qu’ils peuvent « y aller ». Ils trouvent donc un intérêt (alimentaire, social) à être en notre présence !!

 

Quand de nouvelles personnes arrivent chez nous, habituées aux chevaux de centre équestre, passée la surprise de l’arrivée près de nous des chevaux dès notre entrée dans le parc, vient la question du « comment vous faites », « quel est le secret ? ».

Et alors viennent les réponses sur le renforcement positif, l’observation, l’adaptation, les réponses à leurs besoins… mais plus j’y réfléchis plus la réelle réponse est « RIEN »

 

Le plus grand défi de l’humain est sans doute d’accepter de ne rien faire, de ne rien demander, d’arriver là sans rien espérer, souhaiter, vouloir. C’est de se dire, je vais aller voir les chevaux, sans objectif…être dans l’instant, dans l’échange, laisser faire les choses. Peut être y aura t’il eu interaction ou peut être pas…laisser le choix à l’animal.

 

Dans la vision traditionnelle du cheval, nous avons tendance à aller vers lui toujours avec un objectif : dès sa naissance il faut arriver à le toucher le plus vite possible, lui mettre le licol, qu’il sache suivre, donner les pieds, accepter les soins… accepter le cavaliers, accepter nos demandes plus ou moins précises….faire ce que l’humain veut quand l’humain le veut… et l’humain c’est « toujours plus ». Le cheval lui prend le temps de brouter 15h par jour, de se déplacer au pas, de se poser, de se re-poser. Les allures plus hautes sont destinées essentiellement à la fuite, voire au jeux entre poulains ou jeunes… Le cheval dans la nature a très peu besoin de galoper, sauter ou faire des prouesses physiques, cela n’est souvent qu’un moyen de répondre à un besoin primaire qu’est la fuite, la survie.

 

Aujourd’hui quand l’Humain va à la rencontre de l’Equin, il y a pratiquement toujours une demande émanant de l’Homme : faire du travail à pied, faire du travail monté, faire un soin… Ainsi nous sommes toujours dans le faire…oubliant qu’une relation devrait être basé sur l’Etre…

 

Donc comment revenir à l’être avec le cheval ?

En arrêtant de faire sans cesse…

 

Quand un poulain naît au sein de notre élevage, bien sûr nous observons de loin si tout semble aller bien, mais nous n’essayons pas d’aller le toucher, le caresser. Nous laissons la relation mère-poulain se créer…et nous nous réjouissons de pouvoir assister à ce spectacle. Nous nous occupons de la mère comme à l’accoutumée, mais jamais nous n’allons vers le poulain. Si nous sommes dans son chemin ou que nous avons l’impression d’être trop près, nous nous poussons pour lui laisser son espace. Nous le laissons « être ».

 

Et nous attendons que la rencontre vienne de lui : que petit à petit la curiosité le pousse à venir nous sentir, qu’il étende son encolure, sa tête, le bout de son nez, vers cette chose étrange qui marche sur deux pieds et que maman va voir avec envie. Et là encore surtout nous ne le touchons pas : nous attendons encore et encore que cette rencontre se répète, que le petit nez vienne nous voir sans que la tête et l’encolure soient tendues à leur maximum…

 

Le poulain devient acteur, c’est lui qui entre dans l’action, dans le faire, à son rythme…et cela peut être bien long du point de vue de l’humain toujours pressé. Humain culpabilisé par des normes imposées par une société basée sur le tout, le plus rapidement possible. Puis vient le temps des première gratouilles…du temps passé à juste le regarder, le gratter dans des endroits stratégiques (réponse à un besoin de l’animal) sans rien lui demander, à part d’être lui tout simplement…

 

Puis tout au long de leur vie, les chevaux auront droit, plusieurs fois par semaine, à ces temps où nous allons juste dans le parc, nous poster en « homme passif ». Certains viendront, d’autres non. Certains resteront à côté de nous sans bouger, d’autre viendront nous sentir, nous solliciter. Ce sont ces temps où tous ont le choix, il n’y a pas de contrainte, pas de demande. Nous les accueillons tels qu’ils sont, là où ils en sont à cet instant précis, sans nous mettre de pression, de culpabilité. Sans leur transmettre tout ce bouquet de tensions qui nous traversent au quotidien.

 

Juste être là dans l’instant, répondant à leurs demandes, juste de l’échange et du partage…

Juste un RIEN qui fait… toute la différence.


03/09/2018


Pas à Pas : quand la rencontre avec les chevaux nous aide à mieux comprendre l'autre...

Témoignage d'Anne-Sophie Mathieu, psychologue et équicienne

 

2016_Amandine.JPG

 

Pas à Pas est une association Loi 1901 qui a été fondée en 2004 et qui accueille tous types de publics pour des ateliers d'équicie. Viennent particulièrement des personnes en situation de handicap intellectuel, psychique, moteur,  polyhandicap, ainsi que des personnes en souffrance psychologique. Pas à Pas est installée en région parisienne, non loin de Rambouillet, dans un centre équestre en lisière de forêt.

Cela fait quatre ans maintenant qu'un professionnel travaillant dans un service spécialisé en psychiatrie de l'adolescent est venu me voir pour une demande de partenariat. Les jeunes accueillis dans ce service sont hospitalisés pour des séjours à cours ou moyen terme, en service fermé ou en accueil de jour. Ils vivent des situations de crise qui ont pour conséquence une souffrance psychologique importante entraînant souvent une déscolarisation. Ils peuvent avoir des troubles du comportement alimentaire, auto-agressifs, consommer des psychotropes, vivre des difficultés à gérer leur agressivité, tout cela dans un contexte d'état dépressif et parfois psychotique.

La particularité de la demande de cet établissement, c'est que l'accompagnement de leur public doit se faire sur un temps court dans la mesure où les hospitalisations sont les plus courtes possibles, de quelques jours à quelques semaines. L'idée était donc de faire profiter à ces jeunes d'une activité à visée thérapeutique avec le cheval, prescrite par les psychiatres avec des groupes de 4 personnes sur quelques semaines. J'ai donc organisé des accompagnements de 6 semaines, sur des sessions qui se répètent avec des groupes différents à chaque fois. Chaque groupe bénéficie donc de 6 séances avec un ensemble de moyens communs à tous.

La commande est donc : un accompagnement à visée thérapeutique, à court terme, avec des adolescents âgés de 14 et 20 ans environ.

Les prescriptions médicales étant très variées, j'ai décidé d'axer la finalité de ce projet sur un fil rouge commun : vivre la différence entre observation et interprétation dans la rencontre avec les équidés. Je pars en effet du postulat que les difficultés de ces personnes sont liées à l'interprétation erronée qu'ils font du langage corporel ou des propos échangés avec leurs pairs, parents, soignants ou enseignants. L'objectif visé est que, forts de cette expérience, les jeunes pourront par la suite modifier leurs comportements.

Les moyens communs à chaque groupe se déclinent dans les 6 séances différentes :

  • Rencontre et observation des équidés en troupeau, au parc : c'est là l'occasion de parler des besoins fondamentaux des chevaux, de leur perception et de leur communication. A la fin de la séance chacun choisit un animal (cheval, âne ou poney) qu'il va rencontrer (seul ou accompagné s'il le souhaite). Quand et de quelle manière l'animal vient-il (ou non) au contact ? Retour en séance en groupe.
  • Rencontre et observation d'un groupe de poneys shetland dans un manège : comment se mettent-il en interaction les uns avec les autres ? Quels sont les comportements de jeu ? De conflit ? Là encore proposition d'aller à la rencontre d'un poney au choix, et d'attirer son attention afin de le faire se déplacer, sans le pousser ou le tirer. Proposition enfin que tous, adolescents et accompagnants, mettent en place une action commune pour faire se déplacer l'ensemble des poneys dans le manège. Retour de séance en groupe.
  • Soins au poney (pansage) choisi, proposition de rechercher les points de grattage du partenaire équin. En deuxième partie de séance, déplacements en longe courte sans tirer sur la corde. Retour de séance en groupe.
  • Proposition de vivre une expérience de portage après avoir pris soin de son partenaire équin. Séance en binômes. Comment se vit le portage au niveau sensoriel ? Proposition d'essayer, à l'arrêt ou au pas, différentes postures : à califourchon, couché sur l'encolure, couché sur le dos ou couché sur le ventre tête côté croupe. Retour de séance en groupe
  • Voltige adaptée à la situation, au pas, avec la petite jument comtoise « Amandine » : comment chacun peut bouger son corps sur le corps du cheval en mouvement ? Proposition de faire le « moulin », « l’étendard », se mettre accroupis, à genou, et pourquoi pas debout ? Sensations fortes assurées !! Retour de séance en groupe, au cours duquel chacun va donner son choix pour la séance suivante, la « séance libre ».
  • Séance libre : chacun choisit s'il souhaite réitérer une activité qu'il a faite auparavant, ou s'initier au travail à pied : longe longue, longues rennes, faire une promenade à pied ou à cheval si la météo et l'état des terrains en forêt le permettent. Puis retour de séance en groupe et retour de l'ensemble de la session. Je prends le temps de restituer à chacun ce que j'ai observé de son évolution et lui donne des outils à mettre dans sa « boîte à outils ». Je propose aussi à chacun de le serrer dans mes bras, qu'ils ont le choix d'accepter ou de refuser. C'est un échange d'énergie, ou je donne un petit mot final à chacun.


La semaine suivante, réunion avec les accompagnants, le chef de service et un psychiatre, où nous échangeons sur ce que j'ai pu observer de ces jeunes, comment ils ont évolué.

Chaque session est riche évidemment de rencontres, d'échanges, d'expériences communes. Tous évoluent pendant ces 6 semaines, chacun à son rythme. Et, cerise sur le gâteau... à chaque groupe il y a au moins une révélation, un jeune qui s’épanouit particulièrement, à la rencontre de soi avec les chevaux.

… Notre association se nomme bien : « Pas à Pas, s'épanouir avec le cheval » ! ...


04/08/2018


Synthèse d'une année d'accompagnement en équicie

Témoignage issu de la synthèse réalisée avec l’usager à l’issue de son projet individualisé



Frédérique, 51 ans – usager du Centre Edison – projet d’Octobre 2016 à Octobre 2017 – 1 séance par semaine à Equit’aide – Lixière.

 

Le Lieu : « Ce que m’apporte ce lieu »

« Je me suis habitué au lieu ; c’est un lieu où je me sens en confiance, où je peux être moi, sans surveiller ses arrières.Quand tu es libéré de ça, tu n’as pas peur d’être maladroit, d’être jugé. C’est une question de confiance ».

« Ça vient aussi, surtout de l’encadrement, des intervenants. C’est un peu libérateur ».

« C’est un lieu où je me sens bien … être libre. Je n’ai pas besoin de me cacher, de minimiser les trucs, les sentiments, d’atténuer les émotions. D’être toujours obligé de jouer un rôle, de se cacher, de se sentir juger ».

 

Les chevaux : « Qu’avez-vous appris du cheval ? »

« Au départ, j’ai toujours vécu avec des animaux, au départ la présence d’une bête, d’un animal ça m’apaise, c’est un anti-stress. »

« Ce que ça m’a appris …. Par rapport à mes distances, mes placements dans l’espace, mon positionnement ça m’a aidé a plus facilement me repérer. Ça m’a aidé au niveau motricité, à travailler sur mes faiblesses, ma dyspraxie. Les exercices avec les repères au sol, pas forcément simples au début mon aidé pour ça.

 

Au niveau de la relation : Vis-à-vis de Light (jument) (Frédérique a rencontré plusieurs chevaux avant de poursuivre régulièrement les séances avec Light).

« Grâce au temps : je pense que j’aurais développé le même type de relation avec le cheval dont je me serais occupé. La gestuelle aurait peut-être été différente. Au départ, émotionnellement je ne suis pas plus attaché à elle, même si j’avais envie de continuer avec elle. Cela reste inter changeable (…) plus tu passes du temps, plus tu comprends ; au niveau affectif, je me protège, par peur de la déception mais c’est comme ça avec les humains »

« Ce n’est pas une charge affective très forte … un détachement … ou pas d’attachement ? Où j’évite ! » (rire)

« Je ne m’attend à rien de spécifique, je suis ouvert au changement, c’est ma matinée à moi. Je n’arrive pas avec quelque chose en tête de particulier, je saisis ce que l’on me propose. »

« Importance pour moi du temps, du temps d’adaptation, au lieu, aux gens, au mode de fonctionnement du lieu et des personnes ; les premières fois j’étais dans l’observation de l’humain (rire) » ; « j’ai arrêté d’observer quand je me suis senti à l’aise, sinon j’étais sur la défensive. Une fois en confiance c’est possible de choisir et d’avoir de l’intérêt pour des nouvelles expériences. Quand je me sens en confiance c’est plus simple après de dire ce que j’ai envie de faire, d’exprimer mes envies sans peur d’être jugé … je suis sur la voie (rire). »

« Les chevaux je connaissais au sens équitation classique, j’ai fait quelques cours. Mais ça n’a rien à voir avec ce que l’on a fait nous ! » 

« Light m’a appris qu’ils sont très attentifs à l’environnement, aux distances. Que quand ils veulent quelque chose ils savent se faire comprendre aussi. On peut leur faire faire plein de choses si l’on est délicat. On ne s'impose pas par la force, c’est plus subtil que ça ! Il n’y a pas de rapport de force. Ça fait partie de moi aussi, j’ai du mal à m’exprimer, à leur donner des « ordres ». Je ne suis pas fait pour ça »(…)  « Là avec Light je me suis imposé d’une autre façon : j’ai utilisé le gestuel, le toucher. Elle a appris à me connaître et moi aussi ». « J’ai appris l’importance du respect mutuel, l’importance d’être concentré, d’être avec le cheval. »

« Au début mon observation était globale, je me concentrais sur l’environnement, j’étais « partout » ! Petit à petit j’ai pu me concentrer sur le cheval, je me sentais en sécurité ».

« Avant ce qui m’aurait gêné ça aurait été le changement de personnes (les co-equiciennes : passage de Cécile à Julianne). Aujourd’hui ce n’est plus le cas, peut-être aussi parce que l’environnement et le cheval restent le même ».

« Je me sens en évolution car je suis dans un lieu où je me sens bien, en sécurité, où je ne me sens pas agresser. C’est vraiment le plus important par rapport au reste ! »

« Avec les animaux il n’y a pas d’ambiguïté, il n’y a pas de trucs faux, c’est ça il n’y a pas de fausseté, c’est plus simple, c’est plus dans le ressenti, sur soi-même ».

 

« Conclusion » :

« J’ai plus de confiance en moi et en mes capacités, j’arrive à bâtir quelque chose, quelque chose de concret = une relation. Ça donne plus ou moins de confiance (…) avec le temps, si on prend le temps, on peut bâtir quelque chose …. La prochaine étape ce sera avec les humains ! »(rire).

« C’est une bonne évolution pour moi, y compris dans mon quotidien. Il y a une amélioration dans mes rapports, ma relation avec les autres a évolué. J’ai plus de facilité à m’exprimer quand quelque chose me stress ou me fait chier ! Je suis nettement moins agressif dans mon approche. Pour régler mes problèmes je suis moins agressif aussi, je parle plus calmement ».

« Ce que je recherchais ?  Me sentir en sécurité, sans personne qui me juge négativement, qui me surveille de manière négative, d’être respecté dans ma manière de faire. Me retrouver face à moi-même, à mes angoisses ! Le cheval et l’activité … ça a été libérateur pour moi ! C’est mon refuge qui m’a permis de réfléchir à pas mal de choses. Il y a eu une cohérence de l’expérience avec mes attentes ».

« Ma crainte majeure c’étaient les intervenants et combien de temps j’allais mettre pour être en confiance, je me suis étonnée de la rapidité que ça a pris ! »

 

Poursuite ?

« J’aimerais essayer de me faire entendre sans contraintes, dans une plus grande liberté, trouver une espèce d’osmose…. Avoir le moins de contraintes extérieures possibles et travailler sur la relation pour m’aider dans mon évolution personnelle à être à l’écoute de moi et de l’autre ».

« Voilà c’est pas mal pour quelqu’un qui a du mal à s’exprimer ! » (Rire).

 

 


01/03/2018


Histoire d'une rencontre, sur le chemin de l'équicie

« Des étoiles dans les yeux »

 

C’est avec des étoiles dans les yeux

Que je quittais ces lieux

Parce qu’un rêve devenu réalité

M’a follement enchantée

Malheureusement pas éternel

Mais délicieusement réel

Il me laissera des doux souvenirs

Et l’envie de revenir

Comme par le passé

Quand je les ai rencontrés

Et qu’ils m’ont fait frémir

Et procurer tant de plaisir

C’est une émotion intense

Que je ressentais en leur présence

Qui s’est réveillée ces jours ci

Lorsque nous étions réunis

Pas avec le même caractère

Ni même, la même crinière

Mais une autre éducation.

Et pour moi, bien d’autres sensations.

Laissant libérer mon cœur

La joie et la bonne humeur

Pour vivre pleinement

Ces merveilleux moments

Et bien qu’éphémère

Cette aventure m’est salutaire

Et c’est avec des étoiles dans les yeux

Que j’en parlerai le mieux.

 

Véronique Dal Maso

Le 24 juillet 2010

 

 

 

Témoignage de Johanne Berigaud, psychologue clinicienne et équicienne

 

J’ai donc rencontré Véronique en 2005, elle avait été orientée par nos collègues du Centre de Post Cure pour poursuivre son accompagnement en ambulatoire. C’est le médecin du travail à l’époque qui lui avait donné un ultimatum et dans une injonction à se faire soigner alors même qu’elle ne se considérait pas comme malade ni dépendante à l’alcool. Elle avait le souvenir de quelque chose de violent et de brutal lors de cette confrontation obligée avec elle-même.

 

Nos premières rencontres ont été éprouvantes, pour l’une comme pour l’autre, éprouvantes car Véronique parlait très peu, ne trouvait pas les mots, n’avait jamais été ni écoutée, ni entendue, ni jamais considérée tout court …. Elle se sentait « bête », « idiote » (ce sont ses termes) et moi de mon côté je me sentais complétement démunie, encore empêtrée dans mes représentations modelées par l’Université et le discours « psy », « que la parole soigne », « qu’il faut rester neutre », « ne rien laisser transparaître de soi, de sa vie » etc…. bref, le mal-être de l’une faisait bien écho à celui de l’autre certainement à l’époque. Néanmoins nous nous « accrochions », elle venait, silencieuse et mal à l’aise et je l’accueillais, emplissant les séances et le silence par mes propres mots.

 

Et puis un jour, en Janvier 2006, un évènement anodin de prime abord a changé la donne. J’avais reçu à Noël un magnifique calendrier de Yann Arthus-Bertrand « Chevaux », que j’avais accroché dans mon bureau. L’une et l’autre nous nous sommes souvenues de ce moment, bien plus tard où son regard s’est posé sur cette première photo : des petits chevaux chiliens avec les cîmes de montagnes en arrière-plan et cette petite phrase, ou plutôt cette question timide, gênée mais pleine d’attente : « vous aimez les chevaux aussi ? » …. Cette « petite phrase » qui allait enfin nous permettre de nous rencontrer nous l’avons gardée précieusement et en avons bien ri des années plus tard.

 

Les chevaux furent donc notre trait d’union, notre espace commun. Véronique se transformait quand elle parlait des chevaux, son regard s’illuminait, son corps se redressait et s’ouvrait, je crois que j’ai vu ses premiers sourires à l’évocation de ses rencontres avec le cheval « Vent d’Ouest » lors de son séjour de 3 mois en post cure. Elle me posait des questions sur ma propre expérience et mes ressentis avec les chevaux et j’ai laissé alors toutes mes « sacro-saintes » théories au placard et me suis lancée avec elle vers ce que je pressentais déjà en terme d’accompagnement.

 

Petit à petit nous nous sommes donc apprivoisées, la parole n’était pas toujours aisée mais Véronique fine et intelligente me confia également qu’elle écrivait des poèmes ; pendant plus d’une année elle me ramenait donc son carnet de poésies, en choisissant un ou me le faisant choisir, nous les lisions et échangions au travers ses écrits sur son vécu, ses souffrances et ses espoirs … sur nous.

 

Les chevaux étaient toujours présents et nous attendions avec impatience de découvrir la photo du mois suivant qui suscitait toujours beaucoup de commentaires.

 

C’est en écoutant et en entendant parler Véronique des chevaux et en lisant ses poèmes sur eux que j’ai sans aucun doute puisé l’énergie pour construire ce projet d’accompagnement avec les chevaux dans la structure dans laquelle je travaillais. Comme si nos échanges et avec eux, ceux d’autres patients ayant également bénéficié de cette rencontre pendant le temps de leur postcure avait fait germer ce que je pressentais déjà, ce qui était déjà là en moi, latent n’attendant que ces rencontres pour prendre forme et se concrétiser.

 

J’entrais donc en formation en 2010 à Equit’aide et dans le même élan et mouvement me lançais avec un premier groupe de 4 patients, dont bien entendu Véronique dans l’aventure !

 

Le temps a passé, Véronique allait mieux, beaucoup mieux. Nous avons fait une longue pause de 9 mois pendant mon congé maternité en 2009. A mon retour Véronique m’apprenait qu’elle avait un cancer. Après plusieurs mois de traitement son état de santé s’était amélioré et nous avons donc décidé qu’elle participerait à nouveau à un groupe d’équicie, nous allions maintenant à Equit’aide. Après 2 ans de répit, le cancer a pris le dessus, Véronique était à nouveau en traitement mais le pronostic était sans appel et le temps se comptait en mois ; ne pouvant plus intégrer le groupe d’équicie au centre pour des raisons organisationnelles nous avons décidé, comme une évidence qu’elle irait à Equit’aide en démarche personnelle et que dans le cadre de ma fonction d’équicienne je l’accompagnerais en séance individuelle. Véronique retrouva Cocaïne une dernière fois, ces matinées comme un temps suspendu, au pas et rythme de Véronique et de sa compagne équidé, attentives l’une à l’autre, fatiguées et malades l’une et l’autre mais vivantes, présentes l’une avec l’autre.

 

Véronique est venue le plus souvent qu’elle a pu, jusqu’à ce que son corps ne puisse plus ; les derniers jours nous nous remémorions notre rencontre, notre histoire, nos débuts maladroits qui nous faisaient bien rire maintenant et tous ces moments avec les chevaux qui avaient été pour elle source de joie, d’apaisement, « un des plus beau cadeaux de la vie » qu’elle pensait avant sa venue dans notre Centre inaccessible.. Véronique est décédée en 2014 mais ses nombreux poèmes demeurent et beaucoup plus aussi puisqu’elle a été la personne à l’origine de ce projet, qu’elle y a donné du sens, qu’elle y a cru finalement pour elle et pour les autres patients ; Véronique est une des personnes qui m’a fait le plus grandir humainement et professionnellement.

 

Jeudi 11 janvier 2018.

 


13/01/2018