Le blog des équiciens

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Témoignages


Allier équitation et équicie au sein d’un même projet

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°8 - 2015

 

Avec Clémence Lecomte, équicienne, monitrice d’équitation, créatrice de La Ferme des Korrigans, lieu de pratique de l’équicie depuis septembre 2014, en Bretagne

 

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La Revue de la Médiation Equine : en tant que monitrice BPjeps, comment avez vous abordé la création de votre lieu d’équicie ?

Clémence Lecomte : Avant tout comme un lieu de médiation animale, avec le cheval comme partenaire. Que ce soit pour des séances d’équitation ou d’équicie, je propose un cadre qui permet de tisser une relation positive avec les chevaux et de cheminer ensemble vers les objectifs des personnes. Le bien-être des chevaux, pendant et en dehors des séances, est une préoccupation centrale. Cela implique de leur offrir des conditions de vie adaptées à leurs besoins (prés avec abris, vie en troupeau, alimentation raisonnée, suivi en ostéopathie,  dentisterie...), d’entretenir une musculature et une locomotion adaptées aux situations de monte, de mettre en place des apprentissages venant nourrir une relation positive envers l’humain, d’être attentif aux indicateurs de bien-être et de mal-être pendant les séances. Cette approche est bénéfique pour la sécurité de tous et pour la qualité de l’accompagnement, aussi bien en équicie, qu'en équitation. Quelque soient les publics accompagnés, ma démarche est similaire : accueillir en individuel, concevoir un projet avec la personne, dans la durée, à un rythme qui lui correspond. Même si les séances d'équitation sont davantage centrées sur les apprentissages équestres, il m'arrive avec certains cavaliers d'utiliser les outils de suivi de l'équicie et une approche de relation d'aide.

 

R.M.E. : vos pratiques d’équicienne et de monitrice sont donc complémentaires ?

C.L. : En équitation, ma pratique d'équicienne me donne des informations sur la situation qui se joue pour la personne et le cheval. J’ai le sentiment d’avoir davantage d’outils pour aider les personnes qui viennent officiellement « monter à cheval », mais qui ont souvent une autre attente non verbalisée : celle d'un accompagnement vers un mieux-être via la relation au cheval. La plupart des parents qui me confient leurs enfants sont également très conscients de l'impact de ce type de séances d'équitation sur le développement psychomoteur, la gestion émotionnelle, les aptitudes sociales...

A l’inverse, ma casquette de monitrice est également utile en équicie. Elle m'offre par exemple la possibilité de faire évoluer certains projets vers de l'équitation adaptée, davantage centrée sur les apprentissages équestres. Je pense ainsi à un monsieur hémiplégique, déjà cavalier avant de connaître ce handicap, que j’accompagne en équicie pour l'instant, mais dont le projet évoluera probablement dans les années à venir vers de l'équitation adaptée. Cette double formation me permet d’accueillir et d’accompagner des publics variés, issus de réseaux différents et sur des périodes complémentaires de mon emploi du temps : l’équitation plutôt le mercredi, le soir, le week-end ou pendant les vacances, alors que les séances d’équicie sont plus souvent positionnées en journée, durant la semaine. Sur le plan économique, c'est un atout considérable pour compléter l'activité d'équicie.

 

R.M.E. : et d’un point de vue de la cavalerie, n’est ce pas problématique ?

C.L. : Au contraire. Mes six chevaux et trois poneyx ont du coup un travail varié avec des activités diversifiées. Lors des séances d’équicie, ils ont généralement une activité physique faible, avec dans certains cas un peu d'inconfort et une demande d'attention soutenue. Avec les publics orientés vers l'équitation, nous réfléchissons justement à ce qui pourrait physiquement aider le cheval dans sa locomotion, son équilibre, son endurance, sa souplesse. Nous profitons également des sorties en extérieur pour leur changer les idées ! Les élèves des séances d'équitation contribuent à l'entretien physique et aux apprentissages des chevaux, travail indispensable pour qu'ils puissent interagir sereinement avec des personnes en difficultés par la suite.

 

R.M.E. :Est-ce que les bannières équicie et publics handicapés ne repoussent pas les publics valides?

C.L. : On pourrait l'imaginer, mais la réalité que e rencontre montrerait plutôt l'inverse. Le fait qu’il y ait un accompagnement en équicie rassure certaines personnes attirées par l'équitation, mais ayant beaucoup d'appréhensions. Peut-être se sentent-elles plus à même d'exprimer leurs inquiétudes dans ce contexte d'écoute ? La plupart sont davantage à la recherche d'une mise en relation avec le cheval que d'une pratique sportive de l'équitation. De part notre bannière équicie, nous affichons ostensiblement la recherche de bien-être (humain et équin) et de respect mutuel. Cette mixité de pratiques et de publics, sous une même philosophie, permet peut-être plus facilement de créer un lien de confiance.

Dans l'autre sens, certaines personnes en difficulté, qui pour différentes raisons auraient du mal à faire une démarche vers une activité connotée "handicap", sont peut-être plus à l'aise pour venir nous rencontrer sur le volet moins "stigmatisant" de l''équitation. Tout le monde parait satisfait de la mixité occasionnée, notamment plusieurs parents qui m'ont dit voir dans ces rencontres une situation très éducative sur la tolérance et la solidarité.

 

R.M.E. : sur le plan économique comment s’articule cette complémentarité ?

C.L.: Lors de ma récente installation en Bretagne, il a été plus rapide d'attirer des publics sur le registre de l’équitation. Les réseaux avec les institutions, la MDPH, sont plus longs à mettre en place. Se faire connaître des familles concernées par le handicap prend également du temps. Dans le cas d'une ouverture de structure où les charges peuvent être élevées dès le début, pouvoir compter sur les activités d'équitation permet un être élevées dès le début, pouvoir compter sur les activités d'équitation permet un démarrage plus serein...

A la ferme des Korrigans, nous avons la chance d'être propriétaire des terres et des chevaux, l’alimentation est produite sur place par mon conjoint avec lequel je suis associée en EARL (entreprise agricole). Pour autant, nous sommes dans la première année d'exercice et ne pouvons pas encore tirer un Smic chacun. Diplômée depuis peu, je vais maintenant communiquer plus lisiblement sur l'équicie, même si le bouche à oreille fonctionne déjà : les accompagnements se développent et je commence à être identifiée dans le secteur lié au handicap. A plus long terme, je compte compléter l’activité avec des initiations à l’équicie et des formations sur différentes thématiques pouvant, entre autres, être utiles aux moniteurs d'équitation adaptée. Il me semble important de préciser que nous avons sur la ferme un gîte de trois chambres, représentant un revenu complémentaire et un véritable atout pour l’activité d’équicie. Il nous permet de toucher des personnes recherchant un séjour sur le thème équestre. A ce jour, près de la moitié des familles accueillies dans le gîte a un lien avec le handicap.

 

Si vous souhaitez poser des questions ou demander conseil à Clémence, vous pouvez la contacter à l’adresse mail : clemence.lte@gmail.com

www.ferme-des-korrigans.com

 

 


25/09/2015


La viabilité économique de l'équicie

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°7 - 2015

 

Par Marjorie Vaissière, équicienne, éducatrice spécialisée, fondatrice de Les Crins des Liens, relais Handi-Cheval Aquitaine

 

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La Revue de la Médiation Equine : d’après votre expérience, la pratique de l’équicie peut-elle dégager suffisamment de recettes pour payer un salaire à temps plein ?

Marjorie Vaissière : après plus de deux ans d'activité, l'association Les Crins des Liens pourrait désormais couvrir un emploi au SMIC, temps plein, exclusivement grâce aux 28h00 d’atelier hebdomadaire et aux adhésions. Nous n’avons à ce jour sollicité aucune subvention, car nous réservons cette démarche à nos futurs investissements, en particulier pour des installations équestres adaptées. Grâce à un emploi aidé, en CUI, sur deux ans, nous avons très rapidement pu créer un 30h00 SMIC d’équicienne. De part cette aide à l’emploi, nous pouvons dégager un peu de trésorerie afin de préparer le passage à un temps plein, non aidé, qui devrait aboutir en 2016. Cette trésorerie permet aussi d'amortir les annulations d’ateliers, par exemple en cas d’intempérie, maladie,problème d’organisation, etc.

 

R.M.E. : Comment avez vous démarré l’activité et comment parvenez vous à la développer ?

M.V.: Au début, nous sommes intervenus principalement dans les centres équestres partenaires, que nous avions pris soin de choisir en fonction de leur emplacement, leurs équipements, mais aussi de la qualité et des conditions de vie de leur cavalerie. Nous nous déplaçons encore sur trois sites, à 50 km maximum du siège de l’association, afin d’accompagner des groupes venant de F.A.M. ou de structures d’accueil d’enfants polyhandicapés de ces secteurs géographiques. Heureusement, très vite, nous avons eu notre première demande d’accueil de jour, de la part de parents d’un jeune homme notre première demande d’accueil de jour, de la part de parents d’un jeune homme autiste. Ce jeune vient à nos écuries, une journée par semaine, en individuel, car son problème est justement celui de l’insertion dans le groupe. Ce à quoi nous travaillons ! Bientôt, cette personne devrait pouvoir être accompagnée en même temps qu’une autre, sur deux accueils de jour en parallèle. Progressivement, les groupes viennent de plus en plus volontiers sur notre site, maintenant que les prescripteurs sont conscients de l’importance du lieu, du confort des chevaux, du matériel adapté, données dont ils ne réalisent pas l’importance au début, pensant que l’on peut pratiquer l’équicie dans n’importe quelles conditions, avec n’importe quel équidé.

 

R.M.E. : Quelles principales difficultés avez vous rencontré ?

M.V. : Tout d'abor celle de faire identifier l'activité d'équicie au milieu de toutes les « thérapies » proposées avec le cheval. Il a fallu aussi faire connaître l’association et créer des partenariats avec les institutions. Cette communication sur notre métier et nos prestations est menée tant auprès des structures médico-sociales que de la M.D.P.H., afin’orienter les publics vers nos ateliers et débloquer des financements. Grâce à l’évaluation réalisée sur l’un de nos accompagnements – celui du premier jeune autiste reçu en accueil de jour-, nous avons développé un contact privilégié avec un hôpital psychiatrique. Désormais cette institution oriente régulièrement des enfants etadolescents vers nos ateliers. Tout cela a pris un temps qui peut sembler long, entre les premiers contacts avec les institutions et la mise en place effective des accompagnements eux-mêmes. Il faut donc être patient, tenace, et économiquement pouvoir faire front, en particulier en diversifiant ses activités.

 

R.M.E. : Quelles activités sont menées pour votre diversification ?

M.V. :  Mon diplôme d'éducatrice spécialisée permet de proposer des accueils de jour, ce qui complète l’activité d’équicie en tant que telle. Prochainement, grâce au D.U. d’éthologie de l’Université de Rennes I, je souhaite développer un service de conseil en comportements du cheval et en relation inter-espèces, avec des suivis individuels de couples homme-cheval et des demi-journées thématiques pour des groupes. Certes, il ne s’agit pas de handicap proprement dit, mais j’estime rester dans mon travail d’équicienne en intervenant lorsqu’il y a des difficultés dans la relation.

 

R.M.E. : Quels conseils donneriez vous à de futurs équiciens ?

M.V. : Au départ, on peut s'établir en indépendant, en facturant par exemple des prestations aux centres équestres qui veulent accueillir des séances d’équicie. Il y a un travail d’information important à réaliser dans son secteur géographique, auprès de ces futurs partenaires. Si l’on dispose d’un lieu d’accueil, avec sa propre cavalerie, il faudra tout de même accepter de se déplacer au départ sur d’autres sites, le temps de se faire connaître et que les clients viennent à vous. Enfin, il faut diversifier son activité, par exemple avec un pôle équitation adaptée si l’on est moniteur, ou en développant un accompagnement sur la relation homme-cheval, si l’on a une formation complémentaire en éthologie. Il est aussi possible d’organiser des journées de sensibilisation à l’équicie, pour les professionnels du médico-social, dans son secteur. C'est ce qu'a fait Les Crins des Liens en Aquitaine, avec le concours d’Handi-Cheval, pour expliquer ce que le cheval peut apporter à tel ou tel public et faire comprendre ce qu’est le métier d’équicien. Une autre possibilité est d’organiser de petites formations pour les accompagnants de façon à autre possibilité est d’organiser de petites formations pour les accompagnants de façon à ce qu’ils soient plus à l’aise, qu’ils aillent dans le sens de notre travail, en connaissant les principaux comportements du cheval et les règles de sécurité. Un éducateur qui a peur ou n’est pas vraiment présent n’est ni sécurisant pour la personne accompagnée, ni pour l’équicien, ni...pour le cheval! En résumé, afin de développer son activité et la faire perdurer, je pense qu’il faut un ajustement constant aux publics, aux prescripteurs potentiels et une acquisition permanente de nouvelles connaissances, tant dans le domaine médico-social qu’équin. C’est aussi en cela que notre travail est passionnant !

 

Si vous souhaitez poser des questions ou demander conseil à Marjorie, vous pouvez la contacter à l’adresse mail lescrins.desliens@gmail.com

http://www.lescrinsdesliens.fr/

 


25/09/2015


La viabilité économique de l'équicie

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°6 - 2014

 

Par Sabine Chapuis, équicienne et éducatrice spécialisée, fondatrice de l’association Equisens, Handi-Cheval Bourgogne

 

La revue de la Médiation Equine : d’après votre expérience, la pratique de l’équicie peut-elle dégager suffisamment de recettes pour payer un salaire à temps plein ?

Sabine Chapuis : Nous avons même trois salaires mensuels sur la structure associative d'Equi-sens -un à mi-temps, l’autre à plein temps pour les séances d'équicie et un quart temps pour les soins aux chevaux-, auxquels s’ajoutent les coût d’entretien de notre propre cavalerie, soit 6 équidés au total dont 3 chevaux, 1 double poney et 2 shetlands. Nous avons un manège rond, quelques box, un chalet d’accueil, sur un emplacement que nous louons. Bien sûr, notre budget est serré, mais nous parvenons à couvrir toutes ces dépenses.

 

R.M.E. : Comment avez vous démarré avant de passer à ce stade de fonctionnement ?

S.C.: Au début j'ai conservé mon emploi d'éducatrice spécialisée, à mi-temps, pendant que je commençais à me constituer une clientèle. Au bout d’un an, j’ai lâché mon travail, mais cela a été très très dur pendant trois à quatre ans. J’ai commencé à pratiquer l’équicie dans une écurie privée qui accueillait des chevaux de propriétaires. Au début, j’avais trois ou quatre accompagnements par semaine mais après deux à trois ans, j’en avais trente-cinq. Mon activité d’équicie occupait trop souvent le manège et il a fallu trouver une autre solution. J’ai alors monté un dossier et fait des démarches auprès du Conseil Général, du Conseil Régional, de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, de la ville de Dijon. J’ai aussi répondu à des appels à projets, lancés par la Caisse d’Epargne, le Crédit Mutuel, etc. J’ai ainsi pu monter un manège, le chalet d’accueil, sur un terrain, avec des box, que je loue à un particulier. Cette situation n’est pas idéale car l’on redoute toujours d’être congédié. J’ai donc rencontré une personne du Cercle Equestre Dijonnais qui m’a demandé si l’on souhaitait se joindre à eux pour mutualiser nos compétences. J’ai bien sûr dit oui et nous avons travaillé avec le maire de la ville de Chenôve pour que l’on nous alloue un terrain, à côté du cercle hippique. Notre structure sera totalement indépendante du centre équestre mais on va mutualiser des équipements avec eux tels que les toilettes, les parkings, les douches, les cuisines, le club house, etc. Cela représente d’énormes économies comparé à un coût d’installation normal.

 

R.M.E. : Qu’est ce qui fait vivre l’association ? Les subventions, l’activité, les deux ?

S.C. : C'est largement l'activité, même si nous avons effectivement 3000 euros par an du Conseil Général, en subvention de fonctionnement. Le reste du budget est alimenté par

nos prestations auprès de structures, de parents, de particuliers qui choisissent notre lieu. Equis-Sens étant considéré comme lieu de soin, les institutionnels peuvent prélever le montant des séances d’équicie sur leur budget thérapeutique, qui n’a rien à voir avec leur budget loisir, plus restreint. Les personnes viennent donc en séance d’équicie comme elles iraient chez le psychologue ou le kinésithérapeute. Cette reconnaissance comme lieu de soin, nous permet d’accueillir aussi des enfants de l’aide sociale à l’enfance avec un financement M.D.P.H.. Cette même M.D.P.H. prend à sa charge le surcoût lié au handicap pour les parents amenant leurs enfants ou pour les particuliers, soit environ 40% du coût de la séance. Douze ans après nos débuts, grâce à ce réseau et ces financements, nous pouvons effectuer une moyenne de 2000 accompagnements par an.

 

R.M.E. : quels conseils donneriez vous à de futurs équiciens indépendants ?

S.C. :Tout d'abord, ne pas quitter son emploi pour pratiques l'équicie du jour au lendemain ! Maintenir un temps partiel, pendant que l’on prend ses marques, que l’on démarche les politiques, les partenaires, les associations de parents. C’est long, il faut y croire et ne pas compter ses heures. Il faut aussi se former pour accueillir des publics très variés, par exemple en apprenant le langage des signes afin d’accompagner des enfants sourds. Ensuite, lorsque cela décolle un peu, il faut équilibrer son activité sur toute l’année, en particulier en évitant le creux de l’été. Ainsi, les enfants dont nous nous occupons ne peuvent pas être inscrits dans un centre aéré classique, ne disposant que de deux accompagnants pour vingt enfants. Nous avons donc proposé des accueils de jour d’été, pour mineurs handicapés, agréés par Jeunesse et Sport. Nous y assurons un accompagnement de un pour un, grâce à l’embauche de six personnes pendant le mois de juillet. Les parents amènent leurs enfants à 9h00 le matin, avec un pique-nique pour midi et ils viennent les chercher à 17h30. Les enfants vivent vraiment avec les chevaux toute la journée. La M.D.P.H. prend en charge le surcoût du handicap, en particulier celui de l’accompagnement personnalisé, aussi pour ces séjours d’été.

Autre conseil : ne pas oublier que l’emplacement de l’activité est important. Equisens se situe à 10 mn du centre de Dijon tout en étant en pleine campagne. La mutualisation est aussi capitale. Aujourd’hui, c’est par cet accord avec le cercle hippique dijonnais que nous aussi capitale. Aujourd’hui, c’est par cet accord avec le cercle hippique dijonnais que nous pourrons atteindre une réelle autonomie de fonctionnement. Cette mutualisation peut se réaliser grâce aux nombreux échanges que nous avons déjà entrepris, en particulier au travers de formations croisées. Le centre équestre a ainsi bien compris que notre activité n’allait pas leur enlever de clients et que l’on pourrait au contraire leur apporter une précieuse complémentarité. En revanche, je pense que l’on ne peut pas pratiquer sereinement notre activité d’équicie au sein d’un centre équestre. Il faut idéalement un lieu d’intimité, bien adapté, où l’on peut prendre notre temps, sans déranger personne. Nos jeunes sont parfois turbulents et cela peut être délicat de les mélanger totalement à l’activité d’un centre équestre ou d’une écurie de propriétaires. Les mutualisations doivent donc être bien pensées pour se compléter sans se déranger.

Si vous souhaitez poser des questions ou demander conseil à Sabine, vous pouvez la contacter à l’adresse mail : equisens@aol.com

 

 


25/09/2015


Equisens, une idée de la collaboration entre moniteur et équicien

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°5 - 2014

 

Entretien avec Sabine Chapuis, éducatrice spécialisée, en fin de formation d'équicienne, fondatrice de l’association Equisens, en Bourgogne.

 

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RME : Quelles formations avez vous faites ?

S.C. : je suis éducatrice spécialisée, j'ai fait la formation FENTAC et la formation d'équicien, sans oublier au préalable un Bac pro d’exploitant agricole. Travailler avec un moniteur s’est d’abord basé sur le fait de couvrir certains risques que mon diplôme FENTAC ne garantissait pas. Ce moniteur encadrait déjà des personnes en situation de handicap dans un centre équestre et avait un certain savoir-faire. A Equisens depuis 2007, il s’occupe des apprentissages équestres alors que je suis beaucoup plus dans le relationnel. Dès qu’il s’agit de thérapeutique, du domaine psychologique, d’un suivi plus individuel aussi, la personne est orientée vers moi. Lui va vers les groupes, pour des projets d’apprentissages équestres. Tout naturellement, il a avec lui les cas sociaux, ado et pré-ado, qui sont souvent dans une rupture scolaires et/ou sociale. Il travaille sur les acquisitions théoriques de base en équitation et permet ainsi à ces jeunes de reprendre goût aux apprentissages, de leur redonner confiance face à l’examen (les Galops) et d’avoir leur premier beau diplôme bleu-blanc-rouge ! Du coup, les enfants réinvestissent les apprentissages, même théoriques, et reprennent beaucoup plus facilement le chemin de l’école.

 

RME : Comment déterminez vous cette répartition ?

S.C. : je suis tous les nouveaux arrivants pendant quatre séances d'observation et, en fonction de la pathologie, du handicap, de la demande (pédagogique ou thérapeutique), je dirige la personne vers notre moniteur ou vers moi. Bien sûr, cette répartition peut varier ! Parfois, j'accompagne un enfant pendant un an puis il passe ensuite dans les cours de Julien, pour un projet sur les apprentissages. Lorsque les enfants ont jugulé leurs peurs, Julien, pour un projet sur les apprentissages. Lorsque les enfants ont jugulé leurs peurs, leurs blocages divers et qu’ils demandent à faire du trot enlevé, à diriger seul leur cheval, je leur propose de passer avec lui. L’enfant est alors très fier de passer « dans la classe au-dessus » et d’entrer dans la technique pour aller vers plus d’autonomie. Par la suite, certains ont pu être orientés vers des cours en centres équestres classiques, comme n’importe quel enfant. A Equisens, le moniteur a donc un rôle essentiel de maillon vers la réinsertion.

 

RME : qu’est ce que la formation de moniteur apporte à Equisens ?

SC : une technique pédagogique sur le plan équestre. C'est vraiment  un métier d’encadrer des groupes, de leur apprendre des règles, des techniques, du « comment fait on ? ». Ces techniques permettent à nos publics d’être beaucoup plus autonomes à cheval. Ils peuvent aller aux trois allures, sauter une petite barre Autant d’occasions de maîtriser leurs émotions et d’être fiers d’eux-mêmes. Ils dirigent le cheval, seuls, ce qu’un équicien n’est pas censé leur apporter puisqu’il doit légalement tenir les chevaux en longe. Cette complémentarité des compétences nous permet donc un accompagnement plus vaste, jusqu’au maximum de ce que peut faire une structure comme la notre pour ses publics.

 

L'avis de Julien Blache, moniteur à Equisens

"Travailler avec une équicienne m'a apporté une autre manière de voir la réalité émotionnelle de mes élèves. Je relève des indicateurs de comportements que je ne prenais pas en compte auparavant. Cette collaboration a donc modifié ma façon de faire mon métier et m'a permis de développer des connaissances sur le handicap, d'adapter ma méthodologie à des publics différents. Globalement, je dirais que mon regard est plus attentif et mes objectifs plus modulables.

 

 

 

"

 

 


25/09/2015


Vivre l’intégration autour d’une journée de partage avec les chevaux

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°2 - 2013

 

Par Anne-Sophie Mathieu, Psycho clinicienne à l’association Pas à Pas, Handi-cheval Ile de France

 

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Lors d'une organisation de stage à la journée, je souhaite convier des enfants en situation de handicap et d’autres pour qu'ils puissent se rencontrer autour du cheval, avec des objectifs communs. Nous y voilà, avec cinq enfants âgés 9 et 13 ans. Deux d’entre eux sont touchés par un handicap. Certains se connaissent déjà, d’autres non. Arrivée 10h : accueil, présentations, que va-t-on faire de cette journée ? Je vous propose qu’on apprenne ensemble des choses aux poneys, en utilisant « les apprentissages par renforcement positif » ! Quèsako ??? Et me voilà leur racontant comment le cheval peut apprendre des choses, comment il peut comprendre que ce qu’il fait et ce que l’on attend de lui grâce aux récompenses, que grâce à ce petit appareil qui fait un clique et qu’on nomme « clicker », on peut récompenser le cheval au moment où il fait l’action et non quand il l’a terminée. Merci à Hélène ROCHE et à sa formation sur le « clicker training », qui me donne un outil pédagogique et ludique fort intéressant !

 

Nous devisons alors sur ce que nous pourrions apprendre à nos poneys. « À faire la pirouette ! », « à sauter des obstacles ! », « à marcher en crabe ! ». Tous se décident pour faire marcher les poneys en crabe. Bon, d’accord ! Mais par quoi débuter ? Là commencent les choses sérieuses : comment décomposer les apprentissages nécessaires à l’objectif final ? Les débats vont bon train et Annso se met à quatre pattes (si-si ! pour de vrai !) pour illustrer leurs propositions, pour montrer comment le cheval pourrait faire pour se déplacer en crabe… On a bien ri !

 

Tous ensemble, on a fait une liste d’étapes. Puis nous avons découpé les carottes. Puis nous avons « joué » avec les clickers, pour apprendre à cliquer au bon moment. Travail d’attention, de concentration, de coordination pour les enfants ! En plus d’une franche rigolade, là encore, car chacun son tour propose un stimulus, les autres doivent cliquer quand : on tape dans les mains, on saute en pliant les genoux… Cette première étape, studieuse et ludique en même temps, a permis de « con-centrer » les enfants autour d’un objectif commun, quelle que soit leur problématique ou leur âge. Elle leur a permis aussi d’organiser différentes séquences, avec un ordre chronologique dans les séquences, faisant appel à une stimulation cognitive importante.

Après déjeuner, nous allons chercher Eider, Jongleur, Onyx, Roméo. Deux enfants, (qui se rencontrent pour la 1ère fois dont un en difficulté et l'autre non) décident spontanément de se mettre en binôme avec le dernier arrivé, le jeune Roméo, mulet rigolo qui parfois hennit et parfois brait ! Après avoir pris soin des poneys par un méga pansage, les clickers sont prêts à pétarader, les carottes dans les sacoches prêtes à être croquées !

 

L’après-midi, on commence par apprendre au poney à faire le lien entre le clique et la récompense, puis à ne pas se jeter sur les carottes, puis à être à l’écoute… En milieu d’après-midi, les poneys commencent à se bouger de manière latérale. Le temps de la pause est arrivé, les enfants sont fiers de leurs résultats, comparent leurs techniques, chacun respectant les idées des autres. L’après-midi se terminera avec une petite séance de voltige, à la hauteur des désirs et capacités de chacun, s’encourageant les uns les autres.

 

Bilan de cette journée : l’objectif de faire se rencontrer et partager les enfants autour d’un projet commun avec le cheval est atteint. Le projet visant à vivre l’intégration est donc réalisé. Au cours de cette journée, tous les enfants ont pu développer leurs capacités : d’écoute, d’attention, de concentration, leur coordination, leurs capacités de raisonnement, d’organisation, lors d’une journée d’amusement et de partage. Tous étaient contents et le :« quand est-ce qu’on recommence ? » vient donner l’évaluation des enfants.

 

Voilà donc une petite journée d’équicie, un peu originale par rapport à mon quotidien, et en tout cas qui enrichit encore mon expérience. Merci les enfants, merci les poneys ! A moins

que ce ne soit merci les poneys, merci les enfants ?

 

Enfin, merci à tous.

 


25/09/2015



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