Le blog des équiciens

Le blog des équiciens

Pratique de l'équicie


Alerte sur le licol en corde dit “éthologique” qui n’a rien d’éthologique !!!!

Par Handi-Cheval, Equit'aide
 
La tête et la cavité buccale, connaissent un réseau très développé de nerfs, permettant d'envoyer vers le cerveau, différents messages, et naturellement des informations relatives à une douleur qui peut être très violente, et qui se traduira par des réactions anormales de l'équidé ou des manifestations qui peuvent paraître anodines. Il est important de savoir que le nerf trijumeau (desservant la cavité et la face, divisé en 3 branches) est extrêmement ramifié et donc pourra conduire des névralgies, et ce en un point éloigné de la source de la douleur (sommet du crâne, oreilles, cervicales...).

 

Le nerf trijumeau

 

L’utilisation du licol en corde est abordée durant la formation et est strictement interdite dans la pratique de l’équicie. Bien qu’il soit léger, sa matière abrasive et ses nœuds positionnés à différents endroits de la face sensible du cheval sont très durs et sévères. Quand un nœud touche le nerf infra orbital, le cheval secoue la tête de douleur ! Nous vous rappelons qu’attacher un cheval avec ce licol, ou pire le longer n'est pas un acte de douceur, bien au contraire ! Après avoir suivi deux modules d’éthologie, les équiciens sont sensés être en capacité d’observer les indicateurs du bien-être et du mal-être, et avoir suffisamment de connaissances en anatomie pour comprendre que le port du licol en corde est complètement inadapté. Le risque encouru en cas de réaction inattendue (peur, fuite) est grave, malveillant et irresponsable. Tout cheval, même ayant reçu des apprentissages, peut paniquer ou tirer au renard, et se rompre le ligament nuchal. Le cheval sera mort et le licol n’aura pas cédé…. !!!!!! Nous demandons aux personnes certifiées « équicien » de ne pas associer le licol en corde à l’équicie. Nous ne voulons pas partager les actualités qui comportent ce type de matériel. Merci.

18/11/2016


Tempéraments du cheval et activités en équicie

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°7 - 2015

 

Par Isabelle Claude, présidente de la fédération Handi-Cheval

 

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Du fait de la responsabilité vis à vis de nos publics, il est tentant pour un équicien de n’orienter sa cavalerie que vers des chevaux au tempérament « placide ». Il y a souvent une grande confusion entre placide, « éteint » et « robotisé ». En effet, un cheval placide

reste réactif, vivant, curieux, ce qui n’est plus le cas lorsque l’animal est blasé, qu’il ne réagit plus à son environnement. L’exercice de la médiation équine doit se réaliser avec des animaux s’intéressant à l’environnement sans avoir un degré d’émotivité trop élevé.

 

Mettre à profit la notion de tempérament exige de bien la connaître. Rappelons que les éthologistes désignent par tempérament un « ensemble de dimensions, propres à un individu, qui sont stables dans le temps et entre les situations. Une bonne connaissance du tempérament permet théoriquement de prévoir ses conduites et d’anticiper la majeure partie de ses réactions ».

 

Les aspects mesurables du tempérament [1] sont :

 

  • le degré de peur (réactivité aux évènements ou objets nouveaux ou soudains),
  • la grégarité (besoin de ses congénères)
  • l’activité (plus ou moins de déplacements), le degré de sensibilité tactile (mouvements réflexes de la peau)
  • la réactivité vis à vis des humains (va vers ou non)
  • l'intérêt à l'environnement

 

Ainsi pour déterminer un tempérament, neuf tests ont été mis au point.

Ils se déroulent dans des situations standardisées, à des périodes différentes sur la durée et l’ensemble des résultats est codifié sur une échelle de 1 à 5. Ainsi, si un cheval a peur face à un objet nouveau ou soudain, qu’il a du mal à être séparé de ses congénères

(degré de grégarité élevé) qu’il a une sensibilité tactile élevée et qu’il a une forte réactivité vis à vis des humains dans toutes les situations et que cela perdure dans le temps, on peut dire que ce cheval a un tempérament très émotif.

 

Connaître le tempérament du cheval est utile à l’équicien afin d’exclure les animaux dont le degré d’émotivité est très élevé, cela pour des questions de sécurité. Cependant, il serait dommage de réserver à l’équicie que les animaux au tempérament placide. Sur une échelle de 1 à 5, je dirais que tout animal ayant un degré d’émotivité allant de 1 à 3 voire 4 peut être un partenaire parfaitement adapté.

 

Le choix du tempérament du cheval doit être orienté par le projet de la personne, les objectifs fixés et ce que nous souhaitons mettre en oeuvre.

 

S’il s’agit d’un projet à visée de rééducation motrice dont le moyen est une mise à cheval, alors un animal de faible degré d’émotivité permettra de concentrer la séance sur les sensations du cavalier et l’organisation de l’axe céphalo-caudal. S’il s’agit d’interactions à pied, alors il peut être intéressant de choisir un animal plus émotif, qui va réagir rapidement aux attitudes de la personne. Ainsi, si une personne se montre violente et/ou agressive, avec des passages à l’acte et des atteintes physiques, elle va devoir davantage se contrôler avec un cheval réactif. Cela pose rapidement des limites. Si la personne crie, court, fait des gestes brusques et que le projet consiste à révéler les effets de ces comportements sur autrui, alors un cheval réactif permettra une meilleure visibilité et, peut être, une adaptation plus rapide des comportements. De manière générale, si l’on est face à un projet à visée thérapeutique dans le domaine de la rééducation motrice, il est judicieux de privilégier la morphologie et la locomotion. Dans les autres situations à visée éducative (apprentissage du lien social) ou thérapeutique (amélioration des comportements), il est vraiment pertinent de laisser le choix de l’animal à la personne. Cela sera aidant voire révélateur selon le tempérament de l’animal choisi.

 

Le choix d’une cavalerie aux tempéraments variés offre des possibilités beaucoup plus intéressantes d’adaptation à des projets différents. Pour nous, cela demande une grande attention sur les limites acceptées de nos partenaires équins. Nous devons être capables de décoder les comportements et anticiper toute situation autant du côté humain qu’équin. Il s’agit de mettre à profit la réactivité de l’animal mais pas de faire augmenter son émotivité.

 

L’équicien doit être pleinement conscient de ses propres limites, celles au-delà desquelles il n’est plus en mesure de gérer l’interaction et ses conséquences sur la personne comme sur l’animal. Il est indispensable de bâtir un projet avec l’ensemble des acteurs concernés et de mettre en face les moyens et les animaux les plus adaptés aux situations. Cela suppose donc une très bonne connaissance des équidés et beaucoup de rigueur.

 

[1] Etudes réalisées par Léa Lansade

 


25/09/2015


Déficience auditive et équicie

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°3 - 2013

Par Emmanuelle Fidry, ergothérapeute et équicienne à Equit’aide

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Fréquemment les équiciens accompagnent des personnes déficientes auditives, parfois sans en être avertis.

A eux de détecter les signaux de ce handicap et d’en tenir compte dans leur pratique.

 

La surdité est un handicap invisible pourtant très répandu : 17% de la population de moins de 65 ans est affectée d'un problème auditif, à des degrés divers, et un enfant sur mille naît avec une déficience de l’audition. Chez les publics que nous accueillons, la proportion de malentendants est encore plus importante car les problèmes d’audition peuvent s’inscrire dans un tableau de déficiences multiples, par exemple chez des personnes porteuses d’une paralysie cérébrale, de troubles psychiatriques ou encore atteintes d’un traumatisme crânien.

Le handicap est lié à l’environnement et une personne qui n’est pas gênée par sa surdité en institution ou chez elle, peut se trouver en difficulté, voire handicapée, dans le cadre de séances d’équicie, sans parfois en avoir réellement conscience. Nos activités exigent des personnes accueillies une attention soutenue dans un environnement sonore souvent riche, donc perturbant pour les déficients auditifs : plus il y a de bruits différents, plus chaque son est difficile à distinguer. L’équicien qui n’est pas toujours averti de la surdité de la personne, va devoir rapidement la questionner afin d’anticiper au maximum les situations dangereuses et le risque de mise en échec de son client.

 

Que doit-on observer ?

 

Déjà, regarder si la personne porte un appareil. Celui-ci est parfois très discret et caché par la chevelure. Mais souvent il n’y a pas d’appareillage et ce n’est qu’en détectant certains comportements que l’on va pouvoir se poser la question d’une déficience auditive. Ainsi, une personne qui comprend parfaitement ce qu’on lui dit en face mais qui ne réagit pas lorsqu’on l’appelle, une autre qui cesse de participer aux conversations quand il y a du bruit autour d’elle, une dernière qui regarde attentivement votre visage ou qui au contraire est absorbée par tous les mouvements autour d’elle, voire qui a besoin d’une exploration constante de l’environnement, peut être atteinte d’une déficience auditive. A nous de recouper nos observations et de poser la question d'un éventuel problème d’audition.

 

A ne pas oublier :

 

Une fois la déficience identifiée, nous devons constamment penser à rester le plus possible dans le champ de vision de la personne, solliciter son regard ou attirer son attention par le toucher, être vigilant à nos expressions de visage et à la congruence de notre langage corporel qui devient primordial.

Pour le cheval, la difficulté consiste parfois à distinguer ce qui dans le langage corporel de la personne a du sens pour lui, en particulier si le client utilise la langue des signes. Cette richesse de signaux corporels émis par la personne est pour le cheval pris comme indicateurs. A cela s'ajoute des contacts tactiles parfois très présents. Cet ensemble de stimulations peut être perturbant,voire stressant pour notre partenaire cheval. A nous d’accompagner la personne afin qu’elle conscientise l’effet de ses comportements et qu’elle cerne la richesse des interactions qu’elle peut vivre avec le cheval.



25/09/2015


Groupes ou séances individualisées, l'intérêt spécifique de l'accompagnement de groupe - 3/3

rme6groupe.jpgArticle issu de la Revue de la Médiation Equine N°6 - 2014

 

Par Johanne Bérigaud, psychologue clinicienne exerçant au C.S.AP.A de Metz, Equicienne et formatrice à Equit'aide.

 

Cet article suit la parution de deux articles précédents, visible ici et .

Comment évoluer de l'individuel au collectif ?

Cette question induit qu'il y aurait forcement passage de l'un à l'autre.... A nouveau, si

passage il doit y avoir il se fait en fonction du projet de la personne, de son évolution globale et également de manière beaucoup plus pratique de la possibilité matériel et organisationnelle de l'équicien d'une part et ou de l'institution. Plutôt que d’opposer ces deux approches ou les séparer, je m'interroge sur le comment travailler sur leur complémentarité ? Quelles réponses apporter afin de prendre en compte les attentes et

les spécificités de chaque usager tout en soutenant la question du « vivre ensemble » ?

 

Mes expériences de groupes me montrent que cette forme d'accompagnement permet à nos usagers de rompre le sentiment d’isolement, de travailler sur la notion d’entraide, de «sociabilisation », de « pouvoir d’agir » en développement par l’intermédiaire du groupe la confiance en soi et vis-à-vis des autres

 

Le groupe comme médiation semble pouvoir aider certaines personnes à se construire, à élaborer et à consolider leur identité. Il s’agit bien d’articuler et de préserver les temps groupaux et les temps individuels, les espaces privés, dans un projet d’aide qui suppose d’être interrogé régulièrement, qui accepte d’être réajusté aux besoins évolutifs de la personne.

 

Cependant, comme toute indication et comme tout projet, le choix de l'accompagnement de groupe ou celui d’un accompagnement individuel pour une personne donnée peut évoluer, doit être réajusté. Il peut s’avérer pertinent d’aider une personne via le groupe en début de prise en charge par exemple, ou au contraire en fin d’un processus psychologique réalisé en situation individuelle.

 

Si les dernières recherches en psychologie du développement et en neurologie ont mis en évidence toute l’importance de la présence indispensable de l’autre dans la construction de l’identité, cette présence ne peut se vivre que dans le cadre d’un lien de reconnaissance réciproque, que ce soit dans une relation duelle ou de groupe. Il ne faut pas perdre de vue que, comme le rappellent Albert Jacquard : « si l’enfant dit « je » c’est qu’il a entendu des « tu ». Autrement dit, l’individu est devenu une personne au contact d’autres personnes ».

 

 

 

 


25/09/2015


Groupes ou séances individualisées, l'intérêt spécifique de l'accompagnement de groupe 2/3

Article issu de la Revue de la Médiation Equine N°5 - 2014

 

Par Johanne Bérigaud, psychologue clinicienne exerçant au C.S.AP.A de Metz, Equicienne et formatrice à Equit'aide.

 

Cet article fait suite à un premier article visible ici

 

Le choix de l'accompagnement est en référence avec le projet individuel de la personne ; c'est en s'appuyant sur ce projet individuel que va s'élaborer et se construire le projet individualisé de la personne. Voici quelques idées pour une orientation vers un accompagnement en groupe :

  • Entrer en communication avec ses pairs, dans l’action et en utilisant la parole ou tout autre mode de communication.
  • Agir avec d’autres (cheval – humain ).
  • Prendre sa place dans le groupe.
  • Permettre des temps à plusieurs et des temps personnels (possibilité de mener son expérience avec son cheval sans être déstabilisé par les autres ; mener des expériences seul et pouvoir coopérer avec les autres)
  • S’organiser avec les autres
  • Pouvoir être seul en présence des autres et mener son projet à son terme.
  • Se situer parmi ses pairs dans différentes positions : membre du groupe, individu pouvant mener des expériences de façon indépendante, en position d’être aidé ou d’aider
  • Pouvoir appréhender des règles de façon positive et pas seulement restrictives de libertés : (re)découvrir que la loi sert à limiter mais aussi à protéger. Faire l’expérience que l’on est tous soumis à la Loi.
  • Ce peut être une aide à celui qui ne parvient pas à se détacher de son milieu familial.

En lui permettant de construire des liens sociaux avec un petit nombre de personnes, de s’identifier à ceux qui ont réalisé ou qui élaborent actuellement le même travail psychique que lui, la situation de groupe pourra l’aider à se séparer, à accepter les pertes et à découvrir d’autres plaisirs.

 

Quelques pistes pour l'orientation vers le groupe :

• Le groupe peut être indiqué lorsque la personne a besoin d’enveloppe au sens d’un fonctionnement groupal, quand il a besoin de se sentir contenu.

• Compte tenu de leurs difficultés personnelles, la relation duelle peut être angoissante pour certaines personnes. La situation individuelle peut être vécue comme séductrice, intrusive, envahissante et mobiliser les défenses de la personne.

• Certains auteurs préconisent le groupe pour des personnes ayant vécu des carences affectives précoces et importantes ou pour des enfants abandonniques pour lesquels la situation de relation individuelle risquerait de redoubler le traumatisme ( ref.Pierre PRIVAT).

 

«L’approche groupale peut être un point d’ancrage pour certaines pathologies, correspondant à un besoin de se mettre à distance de l’adulte».

 

La situation de groupe semble pouvoir répondre en priorité à toutes les questions qui touchent au vivre ensemble, à un rôle social à expérimenter ou faire évoluer, à une place à prendre, à une identité à affirmer. Ce peut être une aide à celui qui n’accepte les règles, qui n’en comprend pas la nécessité. Certaines personnes ont manqué de limites, de règles, et ont besoin de construire leurs capacités d’acceptation de la frustration, de ne plus être dans l’immédiateté du désir, de pouvoir attendre ou différer par exemple. Le cadre posé et tenu pour le groupe peut assumer cette fonction

Les meilleures indications de groupe concernent les personnes qui ne parviennent pas à articuler leur vie somatique et leur vie psychique et qui éprouvent des difficultés à mentaliser. Certaines peuvent se figer sur la réalité, comme s’ils n’avaient pas d’imaginaire, d’autres au contraire peuvent avoir une vie fantasmatique quasiment débordante. Pour certaines personnes inhibées, la situation de groupe est moins angoissante, car elles peuvent utiliser par moment et plus facilement que dans une situation individuelle le retrait, le repli.

Le groupe offre une possibilité de décentration lorsque la personne manifeste de façon récurrente une force d’opposition passive importante qui peut mettre le soignant référent en difficulté et pourrait conduire éventuellement au rapport de force, en situation individuelle.

 

En conclusion, décider d'un accompagnement en individuel ou en groupe pour une personne, constituer un groupe aidant et structurant pour chacun de ses participants est une opération qui peut se révéler complexe. Il me semble que pour disposer de repères pour poser une indication pertinente pour la personne, il soit nécessaire de :

 

1. Bien connaître cette personne, ses difficultés, ses ressources et ses besoins, grâce à des rencontres individuelles préalables ou par les informations de son entourage (professionnel, famille...)

2. Connaître les contre-indications de groupe

3. S’interroger sur les priorités pour aider cette personne

4. Connaître les apports spécifiques de la médiation groupale et individuelle avec les chevaux

5. Mettre en lien ces différents points dans un projet individualisé pour cette personne.

 

Suite et fin de cet article dans le prochain article : comment passer de séances individuelles à un accompagnement en groupe ? (voir 3/3)

 

 


25/09/2015



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